Tout le monde se scrute, attend la moindre erreur de l'autre pour pouvoir pincer les lèvres et émettre un claquement de langue désapprobateur...

Ce soir par exemple nous étions 5.

Une blonde aux cheveux longs assise droite comme un piquet, sandales à strass aux pieds, et smartphone aux mains. Prête pour un marathon de textos sans reprendre de respiration des pouces.

A sa droite le vainqueur du reniflement désagréable, le remontage des lunettes sur le nez, et le regard sur la montre toutes les 5 secondes.

En face nous retrouvons un habitué des files d'attente. Il est arrivé d'une démarche souple avec un bonsoir dégainé alors que sa présence n'était pas encore arrivée à nos cerveaux. Il a déjà sorti son livre et se désintéresse du public présent.

A ses côtés une jeune femme bronzée, un bas de contention sur sa jambe gauche, ses petites basket blanches aux pieds et un micro-short rouge. Autant dire que son bas elle l'assume à fond, c'est même l'objectif de son année : lancer cette mode. Naturellement elle sort une lime et avec un bruit de frottement commence à faire sa manucure et souffler régulièrement sur ses ongles.

Et à côté il y a moi. Moi qui ai murmuré un timide bonsoir en rentrant alors que les autres l'ont tonitrué et ensuite ai dit bonsoir bien plus fort quand ils l'ont murmuré.

Autant dire que je ne suis pas à ma place et que je n'ai pas encore saisi les codes. Je ne fais que croiser et décroiser les jambes puisque j'ai mis ce jean qui me fait des jolies jambes et de jolies fesses debout, mais qui me serre à la taille et me donne des bourrelets assise. Mais je me dis que si je continue de le porter il va se détendre comme d'autres à la taille, et il m’ira parfaitement. Sauf que pour le moment... ça ne fonctionne pas.

Mais revenons en à ma position, j'essaye de me tenir aussi droite que la blonde en face, mais je ne suis pas à l'aise. Mon dos coince et crie « à l'aide ! Non ! Elle veut que je me renforce !! » (Oui, mon dos me parle.).

Mes lèvres se resserrent font la moue, j’enchaîne grimaces sur grimaces involontaires et enfin victoire la porte s'ouvre, et le couperet tombe : C'est mon tour.

 

Questions d'usages, je suis venue pour un certificat. Prise de tension, respiration et mise à jour du dossier. Je ne suis pas tombée malade souvent ces derniers mois, j'ai arrêté de fumer, ai changé de vie. Et la phrase choc est entrée en jeu : « Montez sur la balance ». Je ne suis pas sûre que la balance ai envie que je lui monte dessus, nous n'avons pas fait suffisamment connaissance ais-je envie de dire mais je ravale ma phrase et monte sur l'objet.

 

95 Kg.

 

Merde, Ça y est j'suis grosse...